Klevener de Heiligenstein 2007
Référence rietkle
Cépage Savagnin Rose - région Alsace - Vin blanc sec - bouteille de 75cl - AOC Klevener de Heiligenstein - garde : jusqu'en 2015 - T° de service : 10-12° - A boire sur des amuse-bouches et autres feuilletés à l'apéritif, et des plats à base de volailles et gibiers à plume, les plats exotiques et les tartes aux fruits.
La Savagnin Rose

Après le Klevener de Vincent Stoeffler, nous référencons également celui du Domaine Rietsch de Mittelbergheim dans un registre plus sec. Une trame soyeuse et vaporeuse, un nez et précision qui offre au Savagnin Rose l'occasion rare de prendre tout son sens sur le terroir d'Heiligenstein. L'équilibre et l'expressivité appellent l'accord gastronomique. Se goûte sec.
Alcool : 13,5 % - Acidité : 5,2 g/l - Sucre : 8 g/l
Le Savagnin Rose
Provenant d'un terrain exposé au Sud et Sud-Est, à une altitude située entre 200 et 300 mètres, l'aire de production est limitée au lieu-dit "Au", géologiquement constituée de masses de galets, de sable et d'argile. Cette terre argilo-siliceuse, sèche et pas trop riche fait que le rendement du Klevener est naturellement limité. Né du cépage Savagnin Rose, le Klevener est un vin blanc superbe à la robe égayée de reflets dorés. Son arôme velouté et discret lui vient d'un fruité spécial qui en fait un vin rare et recherché, sans le caractère "musqué" du Gewürztraminer. En gastronomie, il est facilement admis de faire un repas uniquement au Klevener, en réservant pour le dessert un millésime ancien d'une année exceptionnelle. A noter que le Pinot Blanc, cépage avec lequel le Klevener n'a pourtant aucun lien de parenté, est parfois appelé à tort Klevener (et souvent Klevner, sans le deuxième "e").

Un peu d'histoire...
La situation en coteaux du village de Heiligenstein se prêtait depuis toujours à la culture de la vigne mais cette vocation s'épanouit véritablement au 18ème siècle, date à laquelle fut introduit un nouveau cépage et quand survint l'agrandissement de l'aire viticole. C'est en effet après un long procès, opposant Heiligenstein - ardemment défendu par Ehrhard Wantz alors bourgmestre - et les trois villages voisins, sur l'appartenance des terrains dits "Auboden" que le conseil des Echevins de Strasbourg autorisa Heiligenstein à y planter, en 1742, du Klevener. Ce nouveau cépage, intelligemment expérimenté sur place par des ancêtres aussi obstinés que travailleurs, eut un tel succès qu'à peine onze ans plus tard, en 1753, une autre tranche du terrain "Auboden" fut allouée aux viticulteurs par le Conseil Souverain d'Alsace résidant à Strasbourg. Cette seconde décision fut à l'origine de l'enrichissement de la commune et de celui de la Ville de Strasbourg à laquelle les vignerons de Heiligenstein étaient invités à payer la dîme en Klevener qui à cette époque valait le double des autres cépages. Comme nous l'avons vu, le cépage qui a donné naissance à cette appellation est le "Savagnin Rose" (lui même apparenté au savagnin blanc du Jura) c'est-à-dire le vieux Traminer encore dénommé Rotedel ou Edelrose. On n'en finirait pas d'énumérer les expressions locales servant à le désigner. Ehrhard Wantz l'aurait rapporté des Alpes Italiennes, de la ville de Chiavenna -Kleven en allemand-, ou de celle de Termeno -Tramin en allemand- D'aucuns affirment que, sous les noms allemands d'Edeltraube et de Traminer, ce cépage était déjà cultivé avant le 16ème siècle si on en croit le livre des cépages du botaniste Jérôme Bock écrit en 1551. Il va gagner en célébrité à partir du début du XXème siècle avec la création de sa variété aromatique et épicée, le Gewürtztraminer. La dégradation du vignoble alsacien à partir du XIXème siècle et les ravages du Phylloxéra laisseront 2 ou 3 hectares de Klevener dans les années 70. L'obtention de l'AOC "Alsace Klevener de Heiligenstein" en juin 1971 permet aux vignerons de redonner vie à ce particularisme. Une douzaine de vignerons se partage aujourd'hui une vingtaine d'hectares.Quoi qu'il en soit, qu'Ehrhardt Wantz ait été le premier à implanter ce cépage ou qu'il l'ait simplement relancé avec des exigences de haute qualité, les viticulteurs de la région lui vouent une grande reconnaissance et lui ont élevé une statue. Celle-ci est installée dans une niche située sur la façade de la mairie.

Suggestions d'accompagement
Il accompagnera les amuse-bouches et autres feuilletés à l'apéritif, et des plats à base de volailles et gibiers à plume, les plats exotiques et les tartes aux fruits.
Température de service entre 10 et 12°C. Garde sur 5 à 10 ans
Culture du vignoble respecteuse de l'environnement
Enregistrer toutes ses interventions à la vigne devient de plus en plus fréquent. Le domaine Rietsch va plus loin en notant également les temps de travaux. « Entre Annelise ma soeur, Valmont mon beau-frère, Sophie, mon épouse, et moi-même, nous sommes quatre à travailler sur l’exploitation. Annelise est polyvalente. Valmont gère les vignes. Sophie s’occupe de la comptabilité. Je suis en cave et à la vente. Il faut qu’il y ait entre nous une juste répartition du travail » explique Jean-Pierre Rietsch. En 2008, le temps consacré au commercial commencera aussi à être relevé. « Beaucoup de viticulteurs vivent l’enregistrement comme une contrainte. Nous estimons au contraire que ces informations nous aident à la fois à mieux gérer les intrants et à mieux organiser le travail. Les chiffres ne nous obnubilent pas, mais ils traduisent néanmoins une réalité de terrain » poursuit le viticulteur. Tous les ans, les quatre membres de la famille analysent leurs résultats avec le centre de gestion de la chambre d’agriculture et comparent leurs chiffres avec ceux d’un échantillon. « Le regard extérieur est important. Nous tirons de tout cela des enseignements pour régler l’approche commerciale ou prévoir les travaux viticoles de l’année ».
Les vignes se situent entre Heiligenstein au nord et Andlau au sud. Elles sont toutes intégralement enherbées et conduites sur deux arcures, sans fumure, ni amendement « car les analyses de sol ne révèlent aucune carence ». Elles sont prétaillées mécaniquement, ce qui limite automatiquement la longueur des baguettes. Le rouleau Rolofaca attelé lors de différents passages (rognage notamment) a été testé en 2007. « Il a permis de gagner quinze jours de fauche » signale Jean-Pierre Rietsch. L’objectif de rendement est différent selon la destination prévue du raisin. Il est sage en vins de terroir, plus accentué en vins de cépages ou en vrac. Un ou deux produits de synthèse sont appliqués autour de la fleur, mais l’option de réduire de plus en plus les intrants trotte dans la tête de Jean-Pierre Rietsch. Cette année, il investira dans un interceps Braun afin de faire l’impasse sur le désherbage sur le rang dans les parcelles portant les vins de terroir, pour commencer. La charrue à disque qui « ouvre le sol en favorisant les échanges » continuera à être utilisée dans l’interrangs.
Déjà adhérent Tyflo, le viticulteur avoue qu’il en viendra certainement un jour au 100 % bio.« Je veux produire un vin avec une vraie identité. Je me lasse des vins trop puissants, trop sucrés, sans aucune structure minérale »« Le domaine est plus en avance dans la limitation des intrants à la cave qu’à la vigne » analyse Jean-Pierre Rietsch.
En vinification, il n’utilise ni enzyme, ni levures, ni bentonite. Il ne chaptalise quasiment pas. En 2006, il a seulement traité les premiers jus qui sont ensuite partis en vrac ou en edelzwicker. Les vins les moins riches fermentent un bon mois, ceux avec plus de matière peuvent faire jusqu’àdix-huit mois d’élevage sur lies afin de « gagner en complexité ». Le préalable est de « travailler des raisins à bonne maturité avec une faible proportion d’acide malique ». Les vins non sulfités attirent Jean-Pierre Rietsch. Pour l’instant, il sulfite encore à la mise pour avoir de 20 à 30 mg de SO2 libre pour un vin sec, de 40 à 50 mg pour un vin moelleux. Il ne filtre pas ses pinots noirs et envisage de le faire sur blancs. « J’accepte les dépôts. Un vin sec, stable, qui a fait sa malo doit se tenir. Je veux produire un vin avec ma personnalité, une vraie identité. Je me lasse des vins trop puissants, trop sucrés, sans aucune structure minérale » affirme le viticulteur. La contrepartie à ces prises de risques prend la
forme d’analyses pratiquées à un rythme soutenu avec un coût supérieur à la moyenne. Depuis deux ans, l’exploitation bouche tous ses vins, grands crus compris, avec le bouchon Diams le plus serré de la gamme qui allie « élasticité et étanchéité ». « J’ai une clientèle pour tous mes types de vin » enchaîne Jean-Pierre Rietsch. Elle se partage entre la restauration, les boutiques spécialisées, de l’export en Belgique, au Danemark et depuis 2006 aux Etats-Unis, le vrac (notamment du vin de base à crémant) vendu au printemps pour abonder la trésorerie.
Le domaine Rietsch accorde un soin particulier à l’habillage de ses bouteilles. Sur les étiquettes, la feuille de vigne, simple ou en duo, peut le disputer à une fleur, un outil à main, un taureau ou à des grains de raisins surdimensionnés admirés par des personnages lilliputiens. « Chacune est un peu une oeuvre d’art. Pour moi, l’étiquette fait partie intégrante du produit » reconnaît Jean-Pierre Rietsch. Sa réalisation est d’ailleurs confiée à une amie artiste. Jusqu’à présent, l’option deux couleurs avait la préférence du viticulteur car elle permettait d’en faire figurer plusieurs différentes sur les plaques de l’imprimeur.